Scénario : Charles Lederer, d'après le roman d'Anita Loos et la pièce de Joseph Fields et Anita Loos
Photographie : Harry J. Wild
Musique : Harold Adamson, Hoagy Carmichael, Leo Robin, Jule Styne
Interprètes : Jane Russell, Marilyn Monroe, Charles Coburn, Elliott Reid, Tommy Noonan, George Winslow, Marcel Dalio, Taylor Holmes, Nrma Varden, Howard Wendell, Steven Geray, Henri Letondal, Leo Mostovoy, Alex Frazer, George Davis
Ce n'est pas le numéro le plus célèbre du film, mais la chanson "When Love Goes Wrong" exprime sans doute ce qu'il y a de plus contagieux dans cette hilarante comédie musicale. Dorothy (Jane Russell) et Lorelei (Marilyn Monroe) discutent à la terrasse d'un café parisien des relations amoureuses difficiles avec les hommes. Alors qu'un attroupement grossi autour d'elles, les deux femmes s'échauffent au rythme de plus en plus soutenu de leur péroraison, quittent leur chaise, et se mettent à déambuler puis à danser parmi les passants sur une chorégraphie de Jack Cole. Puis, l'émotion retombe : la musique s'alanguit, la foule se disperse, et nos deux héroïnes s'en vont en taxi ; de la banalité à l'extase et retour, superbement.
Typique des années cinquante, Les Hommes Préfèrent les Blondes est une comédie acide sur la quête de l'oiseau rare, qui ne craint pas de mêler rêverie sentimentale et sarcasme, magie glamoureuse et sens matiérialiste de ce qu'une fille doit faire pour s'en sortir : tout un ensemble de joyeuses contradictions immortalisées par le "Diamonds are the Girl's Best Friends" de Marilyn Monroe. Selon Jonathan Rosenbaum, c'est "un projet impossible, un Cinémascope de l'esprit, un Potemkine capitaliste".
Le film est un palimpseste (comme disent les théoriciens), qui s'appuie à la fois sur des bribes du roman d'Anita Loos et de son adaptation pour Broadway des chansons de Leo Robin / Jules Styne et d'Hoagy Carmichael / Harold Adamson, et, par-dessus tout, sur les possibilités ofefrtes par ses deux stars. Jane Russell est un mélange de grande gueule et de filel pragmatique ; Marilyn Monroe associe puissamment l'érotisme à la candeur enfantine, avec une touche d'esprit manipulateur. L'apogée comique est atteint lorsqu'elles échangent leurs rôles au tribunal et que Dorothy se fait passer pour Lorelei.
Howard Hawks, généralement considéré comme un réalisateur très classique, tout en retenue, se rapproche ici des comédies délirantes et joyeusement vulgaires de Frank Tashlin, rapprochement scellé par la présence au générique du jeune George Winslow, grotesque à souhait.
L'outrance et l'étrangeté de certains numéros chantés (comme l'impérissable sérénade qu'adresse Jane Russell à des malabars indifférents, "Ain't There Anyone Here for Love ?"), le lien souvent ténu qu'ils entretiennent avec l'intrigue de base, tout cela concourt à rendre le film tellement agréable au public contemporain.